Pratiques et outils innovants au service de l’autodétermination et de la vie inclusive – Retour sur la conférence du 15 septembre 2026

Comment faire évoluer la culture de l’accompagnement vers davantage d’autodétermination ? Le 15 septembre 2026, au Comité économique et social européen, chercheurs, professionnels et personnes concernées ont croisé leurs regards sur cette question.

Focus sur la recherche menée par RAAVI

La journée s’est ouverte sur les travaux menés par RAAVI. D’abord la recherche participative, dont Sarah Schroyen (Université de Liège) et Silke Daelman (Université de Gand) ont dévoilé les premiers résultats.

Ces premiers résultats, provenant de la recherche menée auprès d’institutions belges, révèlent entre autres que, si les résidents participent bien à la vie quotidienne des institutions, leur pouvoir de décision sur leur propre vie reste limité, freiné par la tension entre protection et autonomie, le manque de personnel et les contraintes structurelles. Les résultats complets de la recherche participative seront disponibles début 2027. 

Silke Daelman et Sarah Schroyen sont ensuite revenues sur les 10 points-clés de la Revue de littérature sur l’autodétermination des personnes en situation de handicap.

Pendant la présentation de la Revue de littérature, les Raavisseurs, collectif d’autoreprésentants de RAAVI, ont apporté leur savoir expérientiel sur chacun des 10 points-clés. À travers des prises de parole, des slams et des questions, ils ont illustré la Revue de littérature au-delà de la recherche.

Autodétermination : quelle posture d’accompagnement et de soutien ?

Comment passer des constats aux actes ? Jérémie Treutenaere, directeur de la Maison d’Accueil Spécialisée « Aquarelle », a raconté la mise en place dans son établissement d’un véritable changement de culture. 

« Nous ne rendons pas les personnes autodéterminées. Ce sont elles qui nous rendent professionnels. »

Jérémie Treutenaere

Le parcours de la Maison d’Accueil Spécialisée « Aquarelle » a commencé par l’acquisition du Label Humanitude qui a permis d’apporter un cadre, une grammaire commune aussi bien pour les professionnels que pour les habitants, mais selon Jérémie Treutenaere, « un label ne prouve pas que nous sommes bientraitants, il nous oblige à le prouver de nouveau chaque matin. » 

Et ce parcours vers un changement de culture devait aller plus loin qu’un simple label. Un plus loin dont Jérémie Treutenaere nous donne 2 exemples :

  1. Des habitants formés qui participent au recrutement des nouveaux aides-soignants.
  2. Davantage de personnes accompagnées dans le CVS (Conseil de la Vie Sociale, les CVS sont obligatoires en France).

Enfin, Jérémie Treutenaere nous a donné cinq conditions pour un changement de culture réussi qui soutient les pratiques d’autodétermination :

  1. La culture avant les outils. Ce qui a transformé les pratiques, ce sont les temps de travail collectif sur le sens.
  2. Pas une instance de plus. Une démarche participative qui crée sa propre réunion meurt de sa propre réunion.
  3. Du temps reconnu et protégé. Sans heures identifiées pour les ateliers, les formations et les préparations, tout redevient théorique en trois mois.
  4. Une direction engagée, et stable. Rien ne tient si la direction change en cours de route, ou si elle ne porte le sujet qu’en communication externe.
  5. Accepter la pluralité des formes. La participation ne prend pas la même forme dans deux maisonnées voisines. Vouloir l’homogénéiser, c’est la tuer.

La banque de ressources et les boîtes à outils de RAAVI

Après avoir évoqué le changement de culture et de posture en matinée, l’après-midi était dédié aux outils. Pauline Tursi, coordinatrice du projet RAAVI, a présenté la banque de ressources développée par RAAVI, accessible depuis le début de l’année, et les boîtes à outils en préparation.

Ces boîtes à outils sont développées lors de communautés de pratiques qui réunissent des personnes concernées, des professionnels de l’accompagnement et des membres d’équipe de direction. Deux boîtes sont en cours de construction :

  • Une boîte destinée aux équipes de direction, pour qu’elles puissent accompagner leur équipe vers un changement de culture de l’accompagnement.
  • Une boîte destinée aux professionnels de l’accompagnement.

Table ronde : des outils pour favoriser l’autodétermination

Enfin, nous avions invité trois structures, repérées lors de notre collecte d’outils, à venir présenter leurs pratiques favorisant l’autodétermination. 

CAP SMILE (Wallonie)

Adrien Pergniaux et Marie Mestré nous ont fait découvrir Cap Smile. Cette association wallonne s’est donné pour mission de donner la parole aux personnes en situation de handicap. Pour ce faire, elle mène des enquêtes de satisfaction auprès des personnes accompagnées par les services adhérents, avec un double objectif : offrir à chacun un véritable moment d’écoute, puis veiller à ce que les résultats débouchent sur des actions concrètes. La démarche a déjà convaincu 130 services.

Elle s’appuie sur les livrets Smile, des outils conçus conjointement par des personnes en situation de handicap, des professionnels et des aidants proches.

Les enquêtes Cap Smile favorisent l’autodétermination : dans un cadre de confiance et de confidentialité, chacun peut s’exprimer librement sur différentes thématiques, sans crainte de vexer ni de « mal répondre ».

Stembus van tRede (Flandre)

« L’appropriation, c’est quelque chose qu’on a, pas quelque chose qu’on nous donne. » Cette conviction est au cœur de Stembus van tRede, un projet présenté par Saskia Jacobs et Marc Bormans.

Lancé en 2020 dans le Brabant flamand par l’asbl tRede (site internet disponible seulement en néerlandais), il est né d’une réflexion collective sur la notion d’appropriation, préférée à celle d’autodétermination parce qu’elle est propre à chaque personne et ne peut être donnée. Cette réflexion a donné lieu à une formation que suit aujourd’hui chaque nouveau membre.

Concrètement, des groupes de personnes concernées se rendent de structure en structure pour évaluer les projets visant à renforcer l’appropriation. Douze structures sont engagées dans la démarche : lorsque l’une d’elles lance un nouveau projet, un groupe Stembus l’examine, pose ses questions, puis donne son feu vert ou propose des modifications.

La force du dispositif tient à plusieurs éléments : chaque membre y occupe un rôle important et reconnu, et apporte sa contribution à l’ensemble ; les groupes sont très diversifiés, réunissant des personnes aux types d’accompagnement différents et donc aux manières différentes de vivre leur appropriation ; enfin, les professionnels se limitent à un rôle de soutien et n’interviennent que sur demande.

CAA – Communication alternative améliorée (Hauts-de-France)

Dans les Hauts-de-France enfin, Guillemette Hessel, coordinatrice régionale des Missions Elan CAA Hauts-de-France, a partagé sa mission d’expertise et d’information autour de la communication alternative améliorée  dans les structures médico-sociales.

La communication alternative et améliorée (CAA) regroupe l’ensemble des moyens qui peuvent être mis en place pour remplacer ou améliorer la communication d’une personne, car communiquer, c’est autant s’exprimer que comprendre.

Depuis un an, chaque département français doit se doter d’une mission départementale chargée de la déployer. Les Hauts-de-France ont pris une longueur d’avance avec Élan mission CAA Hauts-de-France : cinq missions départementales y fonctionnent déjà depuis deux ans, sous l’égide d’une coordination régionale, et quatorze chargés de mission soutiennent aujourd’hui le déploiement de la CAA sur tout le territoire.

Leur ambition : présumer la compétence de chacun en matière de communication et diffuser cette conviction dans toute la région. Élan agit pour cela sur deux volets : l’animation du territoire, afin de tisser un maillage entre tous les dispositifs existants, et l’accompagnement des établissements médico-sociaux comme des lieux de droit commun.

Auprès des établissements, la démarche suit un processus bien défini, qui commence par l’engagement de la direction et des équipes, se poursuit par un état des lieux et des actions de sensibilisation destinées à diffuser la culture de la CAA auprès de chaque professionnel, puis aboutit à un plan d’action co-construit avec l’équipe et la direction, avant une auto-évaluation au bout d’un à deux ans.

Au fil de la journée, un même message s’est dessiné : l’autodétermination n’est ni un label, ni un outil, ni une case à cocher. C’est un chemin quotidien, fait de dialogue, de temps et de pouvoir partagé. Les outils existent et se construisent ensemble, mais ils ne prendront sens que si la culture de l’accompagnement change avec eux.

Les partenaires de RAAVI remercient chaleureusement les 88 personnes présentes à cette conférence, ainsi que tous ceux qui l’ont suivie en ligne. 

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Participantes et participants au premier atelier RAAVI qui s'est tenu à Lilles. Tous assis autour d'une grande table.

Des communautés de pratiques au service de l’autodétermination

SAVE THE DATE – Conférence RAAVI – 15 septembre 2026

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